Dans un billet récent publié sur son site, Jacques Boutault choisit d’évoquer le protocole d’indemnisation entre la Ville de Paris et Jacques Chirac, en des termes particulièrement polémiques. Son titre « Accord Chirac-Delanoë : le déshonneur de la politique » résume à lui seul cette posture délibérée.
Mais quand on prétend parler « d’honneur », on commence par respecter la vérité.
Or, Jacques Boutault ment quand il prétend avoir appris cet été « par la presse », la logique privilégiée par Bertrand Delanoë dans la gestion de ce dossier. Dès mai 2008, dans un livre d’entretiens avec Laurent Joffrin, directeur de Libération, l’actuel maire de Paris évoquait déjà, son souci de « vérité et de réparation ». Plus récemment, en octobre 2009, il réitérait publiquement ses propos sur Europe 1, quelques jours après que l’avocat de la Ville dans cette affaire, eut exposé le même état d’esprit dans une grande interview au Nouvel Observateur.
Il ment quand il insinue que ces 2,2 millions d’euros aurait été « négociés ». Car de « négociations », il n’y en a pas eues, pas plus que « d’arrangements ». Ce montant correspond à l’intégralité des sommes inscrites dans l’ordonnance de renvoi de la juge d’instruction. Il représente le maximum des réparations civiles auxquelles notre collectivité peut prétendre. La « démonstration » de Jacques Boutault s’appuie sur le contenu d’un « roman fiction » paru cet été dans un grand quotidien. Notre action repose, elle, sur l’application du droit. Chacun peut d’ailleurs le vérifier en consultant l’ordonnance de renvoi prise par la juge d’instruction dans ce dossier.
Il ment encore en prétendant que la lumière ne sera jamais faite : par l’existence de ce protocole, Jacques Chirac et l’UMP reconnaissent le préjudice subi par la Ville et les contribuables parisiens ; et surtout, la signature de ce protocole ne met nullement un terme à la procédure judiciaire, puisqu’il appartiendra au tribunal de se prononcer sur la qualification pénale des faits.
Alors, où est le déshonneur ? Dans la ténacité de la Ville ?
Car depuis neuf ans, inlassablement, notre collectivité a contribué à ce que la Justice puisse suivre son cours. Ses avocats ont plaidé par cinq fois devant les cours d’appel de Versailles et de Paris, et par trois fois devant la Chambre criminelle de la Cour de cassation. Et au terme de l’instruction conduite par la juge Simeoni, la Ville a, là encore, veillé à défendre ses intérêts en répondant point par point au réquisitoire de non lieu rendu par le Procureur de Paris.
Dans la reproduction stricte d’une procédure déjà appliquée ? En effet, nous avions adopté exactement la même démarche en 2003, dans le dossier Blondel, obtenant alors plus de 280 000 euros de remboursement, et nous retirant par conséquent de la partie civile lors du procès en correctionnelle. Jacques Boutault devrait s’en souvenir, lui qui par son vote, et à l’instar des autres membres de son groupe, avait approuvé un tel protocole…
Alors oui, où est le déshonneur ? Sans doute dans l’énoncé d’un raisonnement politicien, qui vise à instrumentaliser la justice, à se substituer aux juges et à confondre droit et vengeance politique.
Car c’est incontestable : il y aura bel et bien un procès. La vocation d’une partie civile est de contribuer à la vérité, à la reconnaissance des faits – ce qui est bien le cas à travers la signature de ce protocole – et à leur réparation. Tel est depuis l’origine le but poursuivi avec succès, par Bertrand Delanoë. Mais la partie civile n’a pas à jouer le rôle du Procureur, même défaillant, pour requérir une éventuelle sanction pénale. Le droit ne lui a jamais reconnu ce rôle. Pour autant, la procédure judiciaire suit son cours et nul ne peut présager de ce que sera la décision future des magistrats du siège.
Alors oui, où est le déshonneur ? N’est-il pas plutôt dans l’insinuation malveillante qui confine à la calomnie quand Jacques Boutault feint de s’interroger sur un soit-disant « deal » que Bertrand Delanoe aurait passé en échange de la mansuétude du préfet sur le dossier des Halles.
Les sous-entendus pernicieux et les mises en cause personnelles qui rythment ce « billet », choqueraient naturellement s’ils émanaient d’un membre de l’opposition municipale. Mais là, c’est un élu vert, composante importante de l’actuelle majorité parisienne, qui se livre à un tel exercice, reprenant même à son compte les arguties d’opposants affichés à l’actuelle municipalité : « petits arrangements entre amis » pour reprendre l’une de ses expressions ?…
Avant de dispenser au maire de Paris un cours si peu magistral sur la morale et la démocratie, Jacques Boutault devrait se souvenir que celle-ci exige un minimum de loyauté, de constance, de mémoire mais aussi d’exigence. Succomber à l’air du temps n’est pas très glorieux. En un mot, pas très « honorable »…
| Jean-Pierre Caffet |
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Pierre Schapira |
| President du groupe socialiste radical de Gauche et apparentés |
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Adjoint au Maire de Paris
Conseiller du 2ème arrondissement |