Les élus socialistes parisiens ne peuvent rester insensibles aux menaces qui pèsent sur l’AP-HP

By webmaster • mai 11th, 2010 • Category: Sylvie Wieviorka

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Au cours du Conseil de Paris des 10 et 11 mai, je suis intervenue lors du débat organisé sur l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP).

 Monsieur le Maire, mes chers collègues,

Depuis plusieurs mois à l’AP-HP, pétitions, manifestations, occupation de locaux, menace de démission de centaines de médecins se succèdent.  La préparation du Plan stratégique 2010-2014 de l’AP-HP a, on le voit,  fait naître une très forte inquiétude tant au sein de la communauté médicale, que parmi l’ensemble des personnels, des usagers de ce service public unique en Europe et des élus de cette assemblée.

L’hôpital public français a, au cours du 20ème siècle,  opéré de nombreuses changements  de l’humanisation de la fin des années 1920 à la grande réforme Debré de 1958 ayant abouti à la création des CHU. Il n’a cessé d’évoluer et de se moderniser. On a pu dire ainsi de la médecine publique française qu’elle est « la meilleure du monde », car elle a su allier un niveau  technique et scientifique exceptionnel à un accès aux soins pour tous.

Tout se passe comme si l’actuel gouvernement souhaitait aujourd’hui la disparition de cette médecine hospitalière ouverte à tous.

Les pouvoirs publics demandent, en effet, aujourd’hui à l’hôpital des efforts considérables (suppression de milliers de postes dans les 4 ans à venir, gel des investissements, plan d’économies ) tout en espérant qu’il soigne plus et mieux.

Les élus  socialistes parisiens ne peuvent rester insensibles aux menaces qui pèsent sur l’AP-HP comme sur de nombreux hôpitaux publics français.

L’AP-HP est associée à notre vie à tous, de la naissance à la mort. Je vais, à la manière du « Je me souviens » de Georges Perec, tenter de vous faire ressentir l’importance, la singularité et les évolutions de ce service public unique et précieux, que nous devons à tout prix préserver et défendre.

Je me souviens, jeune étudiante en médecine, de ma première visite au lit d’un malade. C’était à l’hôpital Boucicaut, aujourd’hui fermé. La surveillante était une religieuse en cornette (on était moins sensible qu’aujourd’hui à l’affichage des « signes ostensibles » de croyance religieuse). Tout au long de mes études, à l’instar de l’ensemble des étudiants en médecine parisiens, j’ai bénéficié de l’enseignement et de l’exemple des meilleurs. Ceci a contribué à forger en beaucoup d’entre nous la passion du métier de médecin et l’éthique du service public.

Je me souviens d’avoir, en 1982, mis au monde mon fils à la maternité de l’Hôtel Dieu, aujourd’hui fermée, et que mon petit fils est né en juillet dernier à la maternité flambant neuve de l’hôpital Trousseau.

Je me souviens qu’en avril 1968, Christian Cabrol, qui fut notre collègue au Conseil de Paris, a réalisé la 1ère transplantation cardiaque d’Europe, à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière. Je me souvient aussi que le Pr. Alain Fischer, membre du conseil scientifique auprès du maire de Paris, a, en collaboration avec le Pr. Marina Cavazzana-Calvo, obtenu à Necker en 1999 le 1er succès clinique au monde de thérapie génique pour enfant bulle, et sauvé ainsi 15 enfants, et sans doute bien d’autres à venir, d’une mort certaine.

Je me souviens que, la semaine dernière, ma belle-mère a été hospitalisée et opérée à Bichat pour une fracture du fémur. Je me souviens du personnel débordé, du manque de moyens, mais aussi de la parfaite qualité des soins qui lui ont été prodigués. Je me souviens aussi que le centre privé de radiologie où elle a passé une radio avant d’aller à l’hôpital a refusé d’appeler une ambulance, et que le médecin a refusé de faire un bon de transport pour l’hôpital, arguant que ce n’était pas son travail.

Je me souviens d’avoir, au début des années soixante dix, rendu visite à une amie à l’hôpital Beaujon, dans une salle commune d’une vingtaine de lits. Je me souviens aussi d’avoir été opérée des végétations aux Enfants Malades, et hospitalisée une nuit, toujours en salle commune.

Je me souviens des odeurs d’éther, du chariot de soupe du soir, du service Porte d’Ambroise Paré qui accueillait pour une nuit ou deux les patients des urgences. Je me souviens qu’en 1976, lors d’une finale de coupe d’Europe de football, des dizaines de supporters anglais et allemands ivres (surtout les anglais) avaient du être hospitalisés et qu’on les avait couchés par terre dans le couloir faute de place.

Je me souviens de plusieurs proches décédés à l’hôpital : mon neveu aux Enfants Malades, mon grand père à Lariboisière, mon oncle à la Pitié.

Je me souviens de Michel Foucault, mort du Sida à la Salpétrière, de Sartre et Simone de Beauvoir décédés dans le même hôpital.

Mes chers collègues, l’AP-HP, c’est tout cela. Du plus humble au plus célèbre, de la naissance à la mort, on y vient de toute l’Ile de France et de plus loin encore pour y recevoir les meilleurs soins, bénéficier des derniers progrès de la médecine et de l’humanité de ses personnels.

Comment peut-on demander aujourd’hui à l’hôpital public qui accueille tous les patients sans distinction, qu’il forme les meilleurs praticiens et soigne les pathologies les plus lourdes, et qu’il soit rentable au même titre qu’une clinique privée ? Tout comme l’ensemble de la communauté hospitalière, les patients et les différents syndicats, que j’ai pu rencontrer lors des auditions du groupe de travail auquel j’ai participé, je m’inquiète de l’avenir de l’offre et de la qualité des soins à l’AP-HP. Car, les premières victimes de cette restructuration seront les patients qui, nous avons pu le constater, sont très attachés à leur service public de proximité et les soignants, qui voient chaque jour leurs conditions de travail se dégrader.

Les 600 000 signatures recueillies par l’appel « l’hôpital public est votre hôpital, défendez-le ! » qu’ont lancé des médecins hospitaliers montrent combien les parisiens et les franciliens sont attachés à défendre ce service public de proximité et combien les annonces faites par le gouvernement  font peur au regard de la situation déjà existante.

Dans les actuels projets de restructuration le maître mot n’est plus la santé mais la rentabilité. La préoccupation centrale n’est plus le malade mais le compte d’exploitation de l’hôpital. La prise en compte de la demande de soin est alors évincée au profit d’une logique de rentabilité.

Parce que l’hôpital public fait parti de notre environnement proche, de notre cadre de vie, il doit faire l’objet d’une attention particulière. Nous reconnaissons, comme l’ensemble des acteurs hospitaliers et des associations de patients, que des évolutions sont nécessaires pour que l’hôpital public se modernise et améliore encore la qualité des soins proposés. Mais ce projet de modernisation devra se baser sur une logique médical et non comptable, et devra nécessairement être concerté avec tous, professionnels, usagers et élus.

Sylvie Wieviorka

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