Salle de consommation de drogue pour limiter les risques

By webmaster • déc 15th, 2009 • Category: Sylvie Wieviorka

salle de consommation

Lors du Conseil de Paris de décembre, j’ai souhaité intervenir lors du vote pour l’attribution d’une subvention à une association qui sera chargée de réaliser une expertise sur les salles de consommation à moindre risque.

Monsieur le Maire, mes chers collègues,

C’est avec une certaine satisfaction que je vous propose, ce soir, de délibérer sur cette attribution de subvention qui s’inscrit pleinement dans la continuité de la volonté politique des élus socialistes parisiens en matière de santé publique à Paris.

La subvention que je vous propose de voter à l’association Elus, Santé Publique et Territoire d’un montant de 26 000 euros fait effectivement suite au vœu que j’avais déposé au nom de mon groupe au Conseil de Paris, en juin dernier, sur la mise en place d’une salle de consommation à moindre risque.

Alors que le taux de prévalence du VIH chez les usagers de drogues ainsi que le nombre d’overdoses ont considérablement diminué, les risques de contamination par les hépatites B et C, demeurent élevés et imposent de nouvelles actions.

Les hépatites B et C sont responsables de 8000 contaminations et de 4000 morts par an, avec des taux de prévalence de l’hépatite C allant de 70% à 90% chez les usagers de drogues. A cela s’ajoute un risque important de contamination puisque environ un tiers des contaminés l’ignorent. Les risques sanitaires encourus par l’hépatite C ne doivent pas être sous-estimés. Si le Sida est aujourd’hui considéré comme une maladie extrêmement grave, les hépatites, quand elles se chronicisent, évoluent en cirhhose et cancers du foie le plus souvent mortels. Sur la base de ce constat, en février dernier, la ministre de la santé, de la jeunesse et des sports, Madame Roselyne BACHELOT, a présenté un plan national de lutte contre les hépatites B et C. Ce plan, qui manque clairement de volonté politique, n’a ni répondu aux attentes des professionnels ni aux associations engagés dans la lutte contre ces épidémies.

Face à ces insuffisances, et afin de relancer le débat, 6 associations engagées dans la réduction des risques, de l’aide aux usagers et à leur entourage, ont mis en place une « salle de consommation de drogues à moindre risque », le temps de la journée mondiale des hépatites du 19 mai. Cette salle d’injection éphémère avait vocation à à montrer à l’opinion et aux responsables politiques ce qu’il faudrait mettre en place en France pour permettre aux usagers de réaliser leurs injections dans de meilleurs conditions d’hygiène, et donc de réduire les risques de contamination, notamment par les virus des hépatites.

Ces salles de consommations, qui sont développées dans de nombreux pays comme l’Allemagne, la Suisse, l’Espagne ou la Norvège par exemple, ont déjà prouvé leur utilité. La plupart des pays européens se sont, en effet, résolus à ouvrir de tels lieux, dans le but de limiter les contaminations virales et les morts par overdose. Car grâce à des conditions d’hygiène optimales et à la présence de professionnels médico-sociaux, l’accueil et la prise en charge des usagers les plus marginalisés améliore notablement l’accès aux soins et réduit la mortalité directement liée à l’usage de drogues.

Ces salles de consommation limitent les pratiques clandestines et participent ainsi d’une politique de prévention active.

Elles permettent d’établir un contact avec un groupe hautement problématique de consommateurs de drogue et de promouvoir l’accès de ceux-ci à des soins de santé primaires dont ils ont grandement besoin ainsi qu’aux services sociaux et de traitement.

Parallèlement à cet accompagnement vers le soin et l’insertion sociale des usagers de drogues marginalisés, ces salles permettent d’assurer une meilleure tranquillité publique dans les arrondissements. Au lieu de s’injecter sur la voie publique, dans des conditions d’hygiène effroyables, ils le feront dans des salles, ce qui limitera les tensions entre riverains et consommateurs de drogues. Le taux de morbidité et les risques de mortalités, ainsi que la nuisance suscitée par la consommation de drogue en public, sont donc considérablement réduits

Cette mobilisation associative nous avait à l’époque, interpellés. J’avais alors porté, au nom du groupe socialiste radical de gauche et apparentés, un voeu en Conseil de Paris demandant à ce qu’une adaptation du cadre légal et réglementaire soit engagée pour permettre une expérimentation des salles de consommation à moindre risque.

Les arguments développés alors par l’opposition municipale m’avaient consternés. Dire que l’ouverture de tels lieux serait une incitation à l’usage de drogues injectable, avais-je alors pensé, c’est le même argument que certains opposaient en 1987 à Michèle Barzach, alors ministre de la santé de Jacques Chirac, quand elle a autorisé la mise en vente libre des seringues pour combattre l’épidémie de sida. Que n’a t’on entendu à l’époque ! Plus de 20 ans après, on mesure l’ineptie de ces arguments : le nombre d’injecteurs de drogue a plutôt diminué, et le taux de contamination par le VIH parmi cette population est passé de 25% à moins de 5%. Je vous invite donc, mes chers collègues, à relever aujourd’hui  le défi de la contamination par les virus des hépatites, et j’espère que dans 20 ans, nous pourrons collectivement afficher des résultas aussi convaincants que pour la lutte contre le VIH chez les toxicomanes.

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