Pensons local !
By maxime • jan 25th, 2009 • Category: Pierre Schapira
Tribune de Pierre Schapira, publiée dans le magazine European Voice, le 27 novembre 2008.
Pendant que les grandes puissances s’accordaient sur les nouvelles règles de la finance mondiale, les autorités locales du monde s’organisaient pour réaliser les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).
La communauté internationale le sait désormais : les OMD ne seront pas atteints en 2015. Réduire de moitié le nombre de personnes qui vivent avec moins d’un dollar par jour et qui souffrent de la faim, assurer l’éducation primaire pour tous, réduire de deux tiers le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans, nous n’arriverons pas à tenir nos engagements sur tous ces sujets et bien d’autres, qui ne représentent pourtant que le minimum que nous puissions faire pour alléger la détresse des plus pauvres du monde.
Les colloques se suivent et se répètent, et malgré cela les donateurs internationaux peinent à réformer leurs méthodes de travail pour s’adapter aux changements du monde. La déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide, adoptée en 2005 par des dizaines de pays et d’organisations, a ainsi davantage révélé les lacunes du système actuel qu’elle n’a provoqué de réel changement dans les pratiques des donateurs internationaux : le manque de coordination entre donateurs, la trop faible appropriation des projets par les récipiendaires, le manque d’harmonisation et de transparence restent des réalités quotidiennes pour la grande majorité des acteurs de la coopération internationale.
Face à cette réalité, les acteurs du Nord et du Sud se sont pour la première fois réunis à Strasbourg, dans le cadre des Journées Européennes du Développement (JED) qui se tenaient du 15 au 17 novembre derniers, pour penser autrement l’aide au développement : la penser locale. Les 3000 participants, originaires de plus de 120 pays et représentant les gouvernements, les institutions européennes, la société civile, le secteur privé et bien sûr les autorités locales, ont exposé pendant trois jours d’échanges intenses les avantages de la gouvernance locale et le besoin de soutenir ce mode de coopération.
En effet, si les vertus de la coopération décentralisée sont déjà connues de tous, il reste à développer le soutien direct des donateurs internationaux aux autorités locales des pays en développement. Ce mouvement se justifie par le fait que les élus locaux sont au plus près des problèmes quotidiens des populations : lorsque celles-ci n’ont pas accès à des services publics essentiels tels que l’eau, la santé ou l’éducation, c’est vers leur maire qu’elles se tournent en premier. De surcroît, lorsque les villes engagent des fonds, les conséquences concrètes de leur action sont immédiatement visibles et mesurables, elles sont adaptées aux besoins locaux et elles n’engendrent pas de surcoûts liés à la création de nouvelles structures (à l’inverse des ONG qui ont besoin des fonds de l’aide au développement pour faire fonctionner leur propre organisation). Pour autant, à l’heure actuelle, les autorités locales sont à la fois trop peu consultées et trop peu soutenues financièrement. Le rapport que j’ai produit et qui a été adopté à l’unanimité au Parlement européen en 2007 a remédié à cette double carence : non seulement le rôle des autorités locales dans la coopération au développement est désormais reconnu, ces Journées Européennes du Développement consacrées à la gouvernance locale en sont la preuve, mais le rapport a également permis la création d’une ligne budgétaire de 35 millions d’euros par an pour soutenir les projets de développement porté par les autorités locales et leurs associations.
Les progrès sont donc réels mais les défis sont encore nombreux. En tant que député européen mais également comme adjoint au Maire de Paris en charge des Relations Internationales, je considère qu’il va de notre responsabilité de trouver de nouvelles formes d’aide au développement plus efficaces. C’est pourquoi je garde toujours à l’esprit cette phrase de Kofi Annan : « Si les problèmes sont mondiaux, les résolutions seront locales ». Le soutien aux autorités locales est un pari pour l’avenir, l’Europe doit prendre conscience que sans une collaboration forte avec les autorités locales les efforts pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement resteront vains.
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